l'escargot et les fourmis (1)

Publié le par Emilie

Un escargot allait bon train par temps de pluie

Quand son chemin croisa celui d'une fourmi :

"Que fais tu à flâner ainsi le nez en l'air ?

Dit l'insecte atterré, mets toi vite à couvert !"

 

L'escargot, étonné, la rejoint tout heureux :

"Qu'a le temps de fâcheux ? Je le trouve radieux."

Le ton de la fourmi se fit compatissant,

Elle fît "non" de la tête et parla lentement :

 

"Tout le monde sait bien qu'il faut fuir l'averse.

C'est un sujet qui ne souffre aucune controverse.

Assommé par les gouttes ou noyé dans les flaques,

Il faut être insensé pour aimer ce cloaque !"

 

Bien qu'un peu perplexe l'escargot s'en remit

Aux conseils avisés de sa nouvelle amie.

Le lendemain matin, sous un soleil de plomb,

Le voilà décidé à partir en mission.

 

Il avait repéré dans un coin de terrasse

Un pissenlit géant et ses feuilles bien grasses.

Malgré l'eau à la bouche il eut beaucoup de mal

A rejoindre ce lieu, promesse de régal.

 

La lumière du jour était très aveuglante,

Son corps s'asséchait sur la pierre brûlante,

Et tous ces inconnus qui grouillaient ça et là

Finirent par user ses forces et sa joie.

 

Mais une fois au bout de ce chemin de croix

Son appétit vorace reprit sur lui ses droits.

Il grimpa sans peine une feuille juteuse

Et se mit à la tâche à grand coups de baveuse.

 

Il se délectait et tout à son festin

Il oubliait le monde, il oubliait demain,

Quand des éclats de voix montèrent jusqu'à lui

Sans gêne interrompant son moment d'accalmie.

 

Il se pencha et vit, un peu en contrebas

Un groupe de fourmi qui le pointaient du doigt.

Sa curiosité alliée à sa candeur

Le poussa à descendre auprès de ces consœurs :

 

"Mesdames je vois bien que je vous mets en joie.

Veuillez me pardonner mais j'ignore pourquoi."

Les rires redoublèrent et la plus énervée

Fit un pas de défi avant de se moquer :

 

"Comment peux-tu oser savourer en public

Cette infâme verdure aux relents ascétiques ?

Tu veux te démarquer mais tu es ridicule.

Pourquoi rester perché du haut de tes scrupules ?

 

Pourquoi ne viens-tu pas avec  les gens d'en bas

Tailler un bout du gras de ce morceau de choix ?"

A ces mots l'escargot aperçut la brioche.

Le cercle s'élargit afin qu'il s'en approche.

 

Il était presque sûr d'avoir déjà vu

Une chose identique, mais ce bout incongru

Ayant moins d'intérêt qu'un vulgaire caillou

Il avait poursuivi son chemin vers un chou.

 

Les fourmis en parlaient comme du plus goûteux

De tous les aliments jamais vu sous les cieux.

Le goût était affreux et ses lèvres écorchées

Mais il ne mangea plus que ces drôles de mets.

 

Après plusieurs jours astreint à cette diète

L'escargot amaigri bataillait quelques miettes

A un groupe d'insectes tant soit peu belliqueux

Qui se taillaient des parts bien plus grosses qu'eux.

 

Ils arrivaient en nombre, affairés et véloces,

Passant de tous côtés dans un vacarme atroce

Sans se soucier de lui au point qu'il se demande

Si il faisait partie encore de ce monde.

 

Et chacun des contacts avec sa peau nue

D'une antenne, une patte, ou tout autre attribut,

Lançait une décharge à travers son corps

Qui dans un réflexe se rétractait alors.

 

Allant même parfois au fond de sa coquille,

Trouver un peu de paix, qui là se recroqueville

N'en sortant qu'à grand peine et très timidement

Pour à nouveau tenter d'atteindre l'aliment.

 

Soudain une fourmi, costume militaire,

L'invectiva d'un air assez autoritaire :

"Tu ne peux vivre ainsi, esquiver, te tapir,

Si tu veux avancer il faut t'endurcir !

 

Quand on voit un obstacle on fait face, on se bat !

Question de volonté, point de lâche ici bas."

L'escargot bredouilla, il voulait s'expliquer

Dire sa douleur, son incapacité.

 

Mais le soldat têtu ne voulait rien entendre :

"Tout ça c'est dans ta tête ! Tu ne sais pas t'y prendre.

Ca ne demande rien qu'un tout petit effort.

Ajoute la paresse à ta liste des tors !"

Publié dans Poème

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